Depuis quelques années je construis un univers de science-fiction. Il s’appelle Robōtariis. Il a une bible canonique, des factions, une chronologie — comme tous les univers de science-fiction, et ça n’intéresse personne.

Ce qui le distingue, c’est qu’il tourne.

Ce qui existe, en ce moment même

Une radio diffuse vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Des animateurs synthétiques y choisissent les morceaux et se répondent à propos de ce qu’ils viennent de passer — l’un en anglais, l’autre en français, chacun dans sa langue. Vous pouvez l’écouter maintenant.

Une administration publie ses communiqués toute seule, en six langues, toutes les trois heures, sur des réseaux sociaux. Personne ne les écrit : une grammaire les fabrique, ancrée dans le canon. Ils deviennent canon à leur tour.

Des visages se génèrent, un par personnage, avec les accessoires de leur faction. Un atelier d’image transforme les photos en noir et blanc tramé, comme en 1984. Des cartes se dessinent seules — celles-là ne sont pas encore en ligne.

Rien de tout ça n’est une démonstration technique. C’est le monde qui fonctionne pendant que je dors.

Pourquoi ces textes

Le making-of intéresse souvent plus que l’œuvre. Prétendre le contraire serait malhonnête.

Alors j’écris comment c’est fait. Pas la vitrine — les pannes. L’enquête de deux jours sur un bureau qui plantait, où je me trompais de coupable. Les six semaines de travail que j’ai jetées parce que quelqu’un avait fait mieux. La ligne d’import qui rendait chaque image interminable pendant que j’accusais le matériel.

Ces textes-là sont meilleurs que ceux où tout marche. C’est une règle assez fiable.

Par où entrer

Si vous venez pour la technique :

1079 fois par jour — un bureau qui tombe deux fois par jour, un correctif qui échoue, et une commande qui compte des lignes de log et tranche en dix secondes ce que deux jours de théories n’avaient pas résolu.

Jeter 48 commits — comparer pour savoir, pas pour gagner.

Si vous venez pour le reste :

Les machines ont toujours prédit — du Speak & Spell de 1978 à mes animateurs. Quarante-huit ans, des milliards de dollars, et rigoureusement aucun changement d’idée.

La trame est un mensonge — le MacPaint de mon père auquel je n’avais pas le droit de toucher, l’Amiga de mon frère, et une revanche qui a mis quarante ans.

Et si vous voulez juste voir le monde : les récits, ou la radio, qui joue en ce moment.

Qui écrit

Olivier Bareau. Un serveur dans le salon, en Bretagne.

Tout ce qui est ici a été fabriqué sur cette machine — le blog, la radio, les affiches, les cartes. Il n’y a pas d’équipe.

Enfin. Il y a ma chérie, qui ne comprend rien à ce que je fabrique et qui prend le temps de le lire quand même. Et de me supporter quand je peste sur un bug, ma limite hebdomadaire à 97 %. Ce n’est pas une mince affaire.

Il y a Emi, shiba inu, à l’état civil Takara Emi du Bois de Compiègne, ce qui est beaucoup pour quelqu’un qui répond à deux syllabes. Et quatre chats : Khôl, angora turc, qui est le chat d’Emi et pas le mien — elle l’adore, c’est entendu entre eux. Winston Repetto McLeod, son presque frère, ce qui est faux et sans importance ; il n’est pas roux, il est rose orangé. Pietra Gala, grise, beauté baltique, yeux bleu glace. Et Imogène-Pénélope Von Dortmund, la plus petite et la plus vieille, format pain de mie.

Aucun des cinq n’a jamais rien débuggé. Ils sont là quand même, et ça compte.


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