Quand on joue seul, on a deux mains. Elles sont sur les machines. Il n’en reste aucune pour les images.
Tout le monde résout ça de la même façon : un séquenceur. On programme le show à l’avance, on appuie sur play, et les visuels se déroulent pendant qu’on joue. C’est propre, c’est fiable, et c’est un enregistrement.
Terminal-Synth n’a pas de séquenceur pas-à-pas. C’était la première décision, et tout le reste en découle.
Ce que fait la machine
Elle écoute.
Détection de tempo par flux spectral et autocorrélation. Énergie. Onsets. À partir de ça, l’Adaptive Autoplay fait tourner trois cycles indépendants — les générateurs, les effets, le cycle principal — avec des transitions en fondu. Le Master Brightness respire avec le son. Les pulses, les glitches et les perturbateurs se calent sur le tempo qu’elle vient de trouver toute seule.
Personne ne lui a dit ce qui allait arriver. Elle l’apprend en même temps que la salle.
Le répertoire : 137 générateurs — dont vingt en monochrome industriel, quatorze en lofi/chiptune —, 57 effets de post-traitement, 61 perturbateurs audio-réactifs. Ce n’est pas un outil, c’est une troupe.
Superviser, pas piloter
Le performeur ne conduit pas. Il supervise, et il influence.
N’importe quel générateur, effet ou disruptor s’attrape en MIDI Learn — un CC, un pad, un pitch bend. Un moniteur affiche en direct chaque message reçu, pour savoir quel bouton vient d’envoyer quoi. On peut plafonner le nombre d’étages en cours de morceau si ça part trop loin.
La différence avec un séquenceur n’est pas technique, elle est philosophique. Un séquenceur, c’est une décision prise hier. L’autoplay, c’est une décision prise maintenant — par quelque chose qui n’est pas moi, qui peut se tromper, et dont l’erreur fait partie du concert.
Je peux reprendre la main. La plupart du temps, je ne le fais pas.
Industrial Mode
Il y a un mode qui écrase tout en noir et blanc, avec du tramage.
Quatre palettes : B&W, Phosphor, Blueprint, Sepia. Ce sont exactement celles des cartes procédurales, des portraits, des affiches administratives. La même maison.
Et donc, encore, la trame. Une machine qui rend en WebGL2, capable de tout, et qui repasse le résultat par un procédé inventé quand on ne pouvait pas faire mieux. Il y a aussi un mode ASCII — l’image rendue en caractères.
Ce n’est pas un accident. Le tramage est la seule chose qui traverse tout : l’atelier d’image en fait son sujet, les portraits sont du pixel, les cartes partagent ces palettes, et le sigle qui signe l’ensemble a un bord dithéré.
La raison est simple, et je ne l’ai comprise qu’après coup. La trame ne stocke pas le gris : elle éparpille des points et laisse l’œil le fabriquer. Le codage prédictif ne stocke pas le son : il stocke de quoi le deviner. Mes animateurs ne stockent pas leurs phrases : ils les prédisent.
Cet univers parle de consciences reconstituées. Il est fabriqué avec des outils qui reconstituent. La forme dit le fond — et c’est voulu.
Auto-Perf
Il y a une fonction qui s’appelle Auto-Perf : quand la machine n’y arrive plus, elle dégrade progressivement au lieu de tomber.
On n’écrit pas ça pour le plaisir de l’écrire. On l’écrit après avoir vu une machine s’effondrer devant des gens.
Le reste tient de la même leçon : c’est une application de bureau, pas une page web. Un .deb, un .exe, un PKGBUILD pour Arch. Rien ne dépend du wifi de la salle. Le wifi de la salle est toujours mauvais.
Le bras visuel
Terminal-Synth est le bras visuel de Robōtariis. Ce que la radio est aux oreilles, il l’est aux yeux : une machine qui a écouté et qui a décidé.
Elle exporte en WebM, ce qui veut dire qu’un concert existe après, sans qu’on ait eu à le filmer.
Le principe
Un séquenceur exécute ce que j’ai décidé. Une machine qui écoute décide avec moi.
Le mot que j’ai employé plus haut, c’est superviser. Je l’ai choisi.
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