Il y a des milliers d’univers de science-fiction en ligne. Ils ont tous une bible canonique, des factions, une timeline, une carte. Le mien aussi. C’est le prix d’entrée, pas un argument.

Pendant longtemps j’ai cru l’inverse : qu’un lore assez dense finirait par trouver ses gens. C’est faux. Un lore dense demande qu’on lui fasse crédit avant d’avoir rien reçu. Personne ne fait crédit à un inconnu.

Ce qui est rare

Ce qui est rare, ce n’est pas d’avoir un monde. C’est qu’il tourne.

Robōtariis a une radio qui diffuse vingt-quatre heures sur vingt-quatre, avec des animateurs synthétiques qui se répondent — l’un en anglais, l’autre en français — à propos des morceaux qu’ils viennent de choisir. Elle a un générateur d’affiches administratives émises par l’Oraculum. Des cartes procédurales. Un graphe d’allégeances qu’on peut interroger. Des portraits générés par personnage.

Aucune de ces choses n’est un texte. Toutes se montrent en dix secondes, sans rien lire.

C’est ça, la différence. Pas la qualité du lore : sa température. Un wiki est froid, même excellent. Une radio qui joue maintenant est chaude, même imparfaite.

Le making-of est une porte

Il y a des gens qui n’ouvriront jamais une bible canonique et qui cliqueront sur « j’ai construit une radio IA qui tourne en permanence sur un serveur dans mon salon ».

Ces gens-là ne viennent pas pour l’univers. Ils viennent pour le comment. C’est très bien : une fraction restera pour le pourquoi. Et cette porte-là est beaucoup plus large que l’autre, parce que la communauté technique est immense et qu’un projet personnel avec une vraie contrainte l’intéresse toujours.

Deux publics, deux portes, un seul monde. L’erreur serait de leur parler pareil.

Six impasses

En regardant honnêtement mon propre site, cette semaine, j’ai trouvé ceci : la page d’accueil ne mentionnait ni le générateur d’affiches, ni les portraits, ni les cartes, ni le graphe. Quatre choses publiques, invisibles depuis la porte d’entrée.

Chaque objet vivait dans son coin. Quelqu’un qui tombait sur les affiches ne pouvait pas savoir qu’il y avait une radio. Six objets, six impasses, aucun circuit.

Le correctif a pris vingt minutes : un pied de page commun, sur toutes les pages, qui renvoie vers tout le reste. J’y ai trouvé au passage un lien mort depuis des semaines — il pointait vers un service que j’avais fermé sans nettoyer derrière moi.

C’est peu spectaculaire. C’est probablement ce qui aura le plus d’effet cette année.

Ce que je ne ferai pas

Pas de calendrier éditorial à trois publications par semaine. Je suis seul ; ça tiendrait un mois, et l’abandon se verrait plus que le silence.

Pas de comptes sur cinq réseaux à la fois. Un canal tenu vaut mieux que quatre morts.

Pas de teasing d’un monde qu’on ne peut pas visiter. S’il faut attendre pour voir, il n’y a rien à voir.

Le principe

Ne pas raconter l’univers. En montrer un morceau, et laisser la porte ouverte.


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